Reconsidérer l'Histoire humaine: ni plus glorieuse, ni moins admirable que celle des termites ou qu'une lignée de gnous
18/12/14
Au fond, la façon dont l'espèce
humaine se distingue, sans même y penser le plus souvent, de l'ensemble du
règne animal (il y a l'homme, et il y a l'animal), n’est pas moins risible et
cependant compréhensible que la prétention d'un peuple d'insectes à occuper un
piédestal grandiose, au-dessus et en-dehors d'une biocénose de milliers
d'espèces diverses, voisines ou très éloignées. En effet, seul peut motiver et
excuser ce comportement ethnocentré, bizarrement inintelligent, l'instinct de survie
corporatiste d'une espèce, qui fausse sa perspective autant que le limite et
l'enferme inconsciemment son appareil sensoriel particulier. Cet isolement et
cette mégalomanie sont communes à toutes les espèces, bien qu'ils se
manifestent différemment, étant édictés, voire théorisés chez l'homme, et
directeurs chez l'animal, ou plutôt, chez les autres animaux. Ils servent en
définitive l'espèce, peu importe qu'ils soient égoïstes et illogiques: in
fine, ils participent d'un équilibre global, affinant sans cesse le dessin (et non le dessein) des écosystèmes.
Nous l'avons démontré ailleurs:
rien ne distingue fondamentalement l'homme des autres animaux. Il n'y a pas
l'homme d'un côté, et l'animal de l'autre. Sauf à croire aux contes improbables
et aisément dissipés de la prime ascendance divine, ou de la destinée supérieure. Qu'en est-il de sa pensée? De la façon
dont il modèle l'univers, à grands coups de formules géniales et d'inventions
démiurges?. Ne sont-elles pas uniques, exclusives, inaccessibles au reste, quand
bien même physiquement, historiquement ou socialement, notre espèce primate ne
se distinguerait pas de manière radicale des autres?. La domination de l'homme
sur le reste de la Création ne prouve t-elle pas son importance et sa qualité
incomparables? Une fois encore, je ne vois dans aucun de ces arguments une
marque spéciale! L'homme pense, s'observe et se décrit, conçoit l'Histoire,
l'avenir, écrit du théâtre et invente la Bombe H? L'animal se contente d'obéir
à son instinct?. Primo, l'homme est certes le seul à penser de cette façon: il
n'est pas le seul à émettre et recevoir des analyses, à s'étonner, à jouer, à
partager sa peine, à s'émouvoir de celle d'un autre etc. etc. Et s'il est
effectivement le meilleur dans ce domaine, voire le seul à avoir développé une
conscience élaborée, on ne peut honnêtement restreindre l'examen à ce seul
critère d'excellence. Une intelligence cognitive performante, un raffinement
exceptionnel tel que la conscience, ne sont que des outils de survie ou
d'élégantes bizarreries de l'Evolution, au même titre qu'un excellent
hydrodynamisme, un prodigieux odorat ou un splendide et incompréhensible
plumage bigarré. Quant à la domination ou à la toute-puissance de notre espèce,
elle est non seulement contestable, mais en sus temporaire -et si récente*
qu'on ne saurait s'y fier. Les virus, les calamars, les fourmis, les rats ou
les moisissures pourraient légitimement nous contester le sceptre de l'occupation
ou des forces numériques.**
* L'Histoire? Une blague...De
vagues remous à l’échelle des temps géologiques. Vite oubliées, quelques
apparitions de cités, de régimes et de religions -des répétitions de guerre,
des fulgurances et de brèves expansions : contenues dans une seule phrase,
au sein d’un livre entier.
** Amusant d'ailleurs, de
constater que cette vitalité et cette puissance partagées -la proximité spéciale qu'elle implique-
coïncide avec une louche aversion particulière pour des espèces généralement
jugées parmi les plus repoussantes, dégoûtantes, inquiétantes ou hostiles.
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